Pourquoi prend-on plus de risques au volant d’une grosse voiture ? Et comment y remédier ?

Date

31/08/2022

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5 min

À partir d’un entretien avec Bart Claus au sujet de son article « The Car Cushion Hypothesis: Bigger Cars Lead to More Risk Taking—Evidence from Behavioral Data », co-écrit avec Luk Warlop, professeur, et publié dans Journal of Consumer Policy le 5 février 2022.

Les voitures sont omniprésentes dans la société moderne, mais elles représentent un fardeau en termes de santé publique. Comment l’atténuer ? Les voitures présentes sur le marché (et sur les routes) sont aussi d’une taille de plus en plus imposante. Le professeur Claus a étudié le lien entre la taille des voitures et la prise de risque, non seulement au volant mais aussi dans le comportement général, et propose des pistes pour résoudre cette problématique et améliorer la sécurité.

L’impact de la conduite automobile sur la société

D’après une étude publiée dans The Lancet Public Health, les blessures causées par les accidents de la route devraient coûter à l’économie mondiale 1 800 milliards de dollars entre 2015 et 2030, soit 0,12 % du PIB mondial chaque année. L’Organisation mondiale de la santé évalue à 1 350 000 le nombre de décès chaque année dans le monde des suites d’un accident de la route. Dans plus de la moitié des cas, les victimes sont les usagers les plus vulnérables : les cyclistes et les piétons.

Un élément clé de ce problème est la conduite des automobilistes. De nombreuses mesures, concernant par exemple les équipements de sécurité des véhicules et le code de la route, sont prises pour essayer de limiter les risques liés à la conduite elle-même et d’améliorer la sécurité des véhicules et des routes. Mais le comportement à risque des conducteurs et la taille des voitures n’ont guère été pris en compte dans l’équation. Or, c’est en comprenant ce qui pousse les conducteurs à prendre des risques que l’on pourrait réduire le coût des accidents de la route pour la société.

À ce jour, le lien entre la taille des voitures et la prise de risque n’est pas évident. D’un côté, les consommateurs se sentent rassurés lorsqu’ils choisissent de grosses voitures. De l’autre, les statistiques indiquent que les grosses voitures sont beaucoup plus souvent impliquées dans les accidents, ce qui pourrait laisser penser que les conducteurs de grosses voitures prennent plus de risques.

Des voitures de plus en plus grosses

Le nombre de grosses voitures sur les routes ne cesse d’augmenter. D’après l’Agence internationale de l’énergie, il y a eu au moins 35 millions de SUV en plus sur les routes du monde entier l’année dernière, avec des niveaux record en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Chine en 2021.

Dans le même temps, les modèles les plus vendus ont pris du volume depuis quelques décennies. Une étude menée par le courtier en crédit spécialisé britannique Zuto fournit quelques exemples intéressants. La taille de la Ford Mustang a augmenté de 63 % depuis 1964, et la Mini de 61 % (en taille et en poids). Comme l’explique le Professeur Claus, si la taille des véhicules influence le comportement des automobilistes, cette tendance à la hausse aura des répercussions négatives sur les accidents de la route. Ce constat l’a conduit, avec son co-auteur, à étudier l’idée suivante : Les grosses voitures donneraient-elles aux conducteurs l’impression de disposer d’un « coussin de sécurité » qui les inciterait à prendre plus de risques ?

Grande voiture, grande prise de risques

Les chercheurs ont utilisé un simulateur extrêmement réaliste, fabriqué par Green Dino à des fins de formation des conducteurs, pour tester les différences de conduite entre les petites et les grosses voitures. Les réglages du simulateur sont restés identiques mais on a indiqué aux participants qu’ils étaient au volant soit d’une petite voiture (Toyota Yaris), soit d’une grande voiture (Toyota Avensis Wagon). On leur a demandé de conduire normalement pendant la simulation.

Les résultats ont montré que les participants qui pensaient être au volant d’une grosse voiture ont conduit de manière plus sportive et ont eu un comportement plus risqué qu’avec une plus petite voiture. Bart Claus souligne que « La voiture était en fait la même, avec une réaction identique lorsqu’on appuie sur l’accélérateur ou sur le frein ; c’est juste le comportement des conducteurs qui change ». Ils se pensaient mieux protégés dans les grosses voitures et prenaient donc plus de risques.

Une prise de risque globale plus élevée

Une seconde expérience a montré que cette prise de risque globale plus élevée a d’autres conséquences. Les chercheurs se sont demandé si les conducteurs prenaient aussi plus de risques une fois sortis de leur grosse voiture. L’étude a montré que le sentiment de sécurité que procure la voiture est un bon indicateur de la prise de risque globale, c’est-à-dire également en dehors de la route. D’autres études étayent ce constat. Par exemple, de précédentes recherches ont montré que les chauffeurs de poids lourds ont souvent un accident peu de temps après avoir quitté leur véhicule. L’explication est que le sentiment de sécurité ressenti à l’intérieur du camion se prolonge en dehors du véhicule et conduit à une prise de risque excessive.

Applications pratiques

Pour Bart Claus, les gouvernements pourraient envisager de taxer les véhicules en fonction de leur taille et de leur poids. Non seulement les grosses voitures incitent à prendre davantage de risques, mais elles peuvent aussi provoquer des dommages plus importants en cas d’accident en raison de leur taille. Les grosses voitures ont également un impact plus important sur les infrastructures : elles abîment davantage les routes et ont besoin de plus d’espace pour le stationnement. « C’est assez logique de taxer les voitures selon ce critère. D’autres pays, comme les Pays-Bas, taxent les véhicules en fonction de leur masse », explique-t-il.

Sachant cela, les infrastructures peuvent aussi être conçues de manière à sauver des vies. Bart Claus a ainsi expliqué que si les rues sont plus étroites, la prise de risque des conducteurs de gros véhicules sera moindre car ils ralentiront, d’où un risque diminué.

Enfin, la prise de risque globale se décline à différents niveaux, par exemple dans la prise de décision des consommateurs. L’effet de « coussin de sécurité » peut par exemple inciter une personne à acheter ou non un billet de loterie dans une station-service, ou bien une boisson plutôt qu’une autre

Méthodologie

L’étude comportait deux expériences. La première a étudié l’effet de la taille de la voiture sur le comportement au volant à travers des tests dans un simulateur de conduite réaliste. La seconde a analysé l’effet de la taille de la voiture sur la prise de risque généralisée, en demandant aux participants de regarder des publicités pour des voitures et en évaluant la prise de risque dans leur attitude et leur comportement.


Catégorie(s)

Management & Société

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