Organismes à but non lucratif : pourquoi les dirigeants devraient laisser l’expérience terrain affiner leur raison d’être
Les organismes à but non lucratif sont souvent fondés sur des visions ambitieuses et inspirantes — mais comment la mission de ces organismes se concrétise-t-elle réellement sur le terrain ? Et que se passe-t-il lorsque la vision initiale ne correspond pas à la réalité ?
Partage
Dans cette vidéo (en anglais), Farah KODEIH, et son coauteur Henri SCHILDT (professeur à l’université d’Aalto en Finlande) partagent les conclusions de leur étude sur une organisation à but non lucratif finlandaise.
Les chercheurs ont suivi cette organisation pendant cinq ans, depuis sa création pendant la crise des réfugiés en Europe jusqu’à ses multiples phases de croissance, de tensions et de transformation. Les fondateurs ont lancé l’organisation avec une vision inspirante : intégrer les réfugiés dans la société finlandaise grâce à l’entrepreneuriat technologique, un projet convaincant qui a attiré aussi bien des bénévoles que des donateurs.
« Mais lorsque les bénévoles ont commencé à travailler directement avec les bénéficiaires, ils ont découvert que cette vision ne correspondait pas aux besoins sur le terrain, » explique la professeur KODEIH. « La plupart des réfugiés ne cherchaient pas à lancer des start-ups — ils avaient besoin de voies d’accès concrètes pour intégrer le marché du travail. Cela a créé de réelles tensions au sein de l’organisation. »
Les chercheurs ont constaté que l’objectif d’une organisation à but non lucratif n’est pas simplement défini par ses fondateurs et préservé au fil du temps. « Il se construit conjointement à travers une interaction constante entre trois forces : les discours ambitieux des dirigeants, la compréhension collective des bénévoles et des employés, et les pratiques quotidiennes des bénéficiaires », ajoute le professeur SCHILDT. « Lorsque ces éléments ne sont plus alignés, cela peut déclencher des conflits, mais ces conflits peuvent aussi être productifs. »
Dans le cas étudié, ce sont finalement les bénévoles de première ligne qui ont réorienté l’organisation, la faisant passer de l’entrepreneuriat technologique vers l’intégration sur le marché du travail, — une raison d’être fondée sur un impact réel et observable.
« Voici l’idée clé : les dirigeants se méfient souvent d’une dérive de la mission (ou « mission drift » en anglais), mais les bénévoles de première ligne et le personnel se méfient de la perte d’utilité. En se concentrant sur ce qui aide réellement les bénéficiaires, ils peuvent orienter la raison d’être vers un impact tangible », ajoute le professeur SCHILDT.
Pour les dirigeants et les conseils d’administration des organisations à but non lucratif, leur message est clair : ne vous contentez pas de protéger vos aspirations, laissez l’expérience terrain affiner votre raison d’être. « Alignez votre histoire sur un impact tangible — sinon vous risquez de devenir hors de propos pour les personnes mêmes que vous vous êtes engagés à servir. »
Pour en savoir plus, découvrez leur étude : « Social Purpose Formation and Evolution in Nonprofit Organizations » (Organisation Science, 2025) par Farah Kodeih, Henri Schildt & Emma Sandström (Université Aalto), Davide Ravasi (UCL) et Jukka-Pekka Heikkilä (indépendant)
Contributeur
Suggestions d'articles ou vidéos
Management & Société
Point de vue. Réseaux sociaux et adolescents : protéger les moins de 15 ans, responsabiliser après…
22/05/2026
4 min
Économie & Finance
Engagements climatiques : comment citoyens et experts européens les perçoivent différemment (et pourquoi c’est important)
12/05/2026
5 min
Big Data & IA
Université d’été 2026. Skills shift : transformer pour durer (19 juin 2026)
27/04/2026
3 min
Big Data & IA
Inégalités de genre : comment l’IA et la technologie influencent-elles les carrières et la vie domestique ?
16/04/2026
6 min