Recherche en bref: Comment s’explique la baisse de la fécondité en France ?
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La baisse de la fécondité est devenue l’un des grands sujets économiques et sociaux des pays développés comme la France. On la résume souvent par un simple chiffre, le taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) or, selon une nouvelle analyse des chercheurs de UCLouvain, l’IÉSEG et l’Université Libre de Bruxelles, publié dans la revue *Regards Economiques, cette façon d’aborder ce problème passe à côté d’un point essentiel.
« Ce n’est pas seulement une question d’avoir moins d’enfants par famille, » explique Thomas BAUDIN, professeur à l’IÉSEG et Directeur du laboratoire Lille Economie Management (UMR-CNRS 9221), “De plus en plus de personnes n’entrent jamais dans la parentalité. L’infécondité — au sens de l’absence d’enfant au cours de la vie — n’est donc plus un phénomène marginal. Elle devient une composante centrale de la basse fécondité contemporaine.”
Pour la France, les estimations les plus récentes disponibles suggèrent une forte augmentation de ce phénomène. Selon les chiffres 2025 de l’INED (Institut national d’études démographiques), sous conditions de fécondité observées en 2023, 73 % des femmes auraient au moins un enfant au cours de leur vie, ce qui implique un taux d’infécondité conjoncturelle de 27 %. Cela se compare à 14 % en 2012.
« Cela ne signifie pas que 27 % des jeunes femmes actuelles resteront nécessairement sans enfant, car cet indicateur est sensible au report de l’âge à la première naissance ; mais cela montre néanmoins un affaiblissement marqué de l’entrée dans la maternité, » ajoute l’expert.
Selon les chercheurs cette tendance mérite d’être analysée, car elle renvoie à des mécanismes parfois différents de ceux qui expliquent la réduction de la taille des familles.
« Décider d’avoir un deuxième enfant n’est pas la même chose que devenir parent pour la première fois, » note les chercheurs dans leur article. « La première naissance suppose souvent un enchaînement de conditions : rencontrer un partenaire, former un couple suffisamment stable, disposer d’un logement, se sentir économiquement prêt, pouvoir concilier travail et famille, et ne pas reporter trop longtemps le projet d’enfant. Lorsque ces conditions sont retardées ou fragilisées, le report peut devenir définitif. »
Pourquoi l’infécondité augmente-t-elle dans plusieurs pays ?
La France est loin d’être le seul pays impacté par cette tendance, qui selon Thomas Baudin se constate également en Belgique, en Corée du Sud, au Danemark, en Finlande, au Japon et aux Etats-Unis par exemple.
Selon les chercheurs il n’existe pas une seule cause universelle et “plusieurs mécanismes se combinent, avec des poids différents selon les pays.”
Par exemple, il est devenu plus fréquent et acceptable de vivre seul, tandis que l’augmentation du prix du logement a également un impact sur les projets familiaux.
On observe également un décalage entre l’augmentation des opportunités des femmes et la persistance d’une répartition traditionnelle des tâches familiales. « Les femmes sont aujourd’hui plus diplômées, plus présentes sur le marché du travail et plus attachées à leur autonomie économique. Mais dans beaucoup de pays, la charge quotidienne des enfants reste majoritairement féminine.”
Finalement, les chercheurs notent qu’il est devenu « plus accepté socialement » de vivre sans enfant.
Que peuvent faire les politiques publiques ?
Face à cette baisse de la fécondité, les chercheurs notent qu’il serait tentant pour les pouvoirs publics « de chercher une réponse unique » (par exemple via des mécanismes d’allocations familiales, des congés parentaux ou politiques de logement…). « Toutes ces mesures peuvent être utiles, mais elles ne répondent pas toujours au même problème. »
L’infécondité peut venir de différents facteurs mais au-delà de ces derniers « l’objectif ne devrait pas être de pousser les individus à avoir des enfants, ni de fixer un niveau de fécondité souhaitable ».
« Dans une société libérale et démocratique, certaines personnes peuvent ne pas vouloir d’enfant, et ce choix doit être respecté, » ajoutent-ils. « Le problème public se situe ailleurs : dans l’écart entre le nombre d’enfants que les personnes souhaiteraient avoir et celui qu’elles peuvent effectivement avoir, ainsi que dans les conditions très inégales dans lesquelles ce choix peut être réalisé. «
Selon les experts une politique familiale légitime devrait donc viser trois formes d’égalité : une égalité de traitement entre les enfants à naître, une égalité des conditions de parentalité entre groupes sociaux et entre femmes et enfin une égalité des chances professionnelles entre parents et non-parents.
« Cette approche permet de dépasser l’opposition entre politiques natalistes et respect des choix individuels, » concluent-ils. « Il ne s’agit pas de convaincre chacun d’avoir des enfants, mais de faire en sorte que celles et ceux qui souhaitent en avoir puissent le faire sans être pénalisés par leur revenu, leur genre, leur emploi ou leur origine sociale, et sans compromettre les conditions de vie de leurs enfants. »
Baudin T., de la Croix D., Gobbi P. E. (2026). Sans enfant : un nouveau visage de la basse fécondité, Regards économiques, Focus 38.
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