L’évolution du rôle de responsable de la RSE : de défenseur du changement positif à médiateur
Ces dernières années, les entreprises sur tous les continents et dans tous les secteurs se sont de plus en plus concentrées sur les questions environnementales, sociales et liées à la gouvernance en embauchant des responsables (et des équipes) en charge du développement durable et de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Cette tendance est également mise en lumière par un rapport de PwC soulignant que les entreprises interrogées ont nommé autant de Chief Sustainability Officers en 2020/2021 que dans les huit années précédentes combinées.

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Une étude menée par une équipe internationale de chercheurs de l’IÉSEG, de VU Amsterdam et de l’EM Lyon a analysé la manière dont le rôle des responsables de la RSE a évolué en peu de temps. Ils sont passés de défenseurs du changement à impact positif en interne, à « médiateurs » jonglant avec les multiples demandes des différents acteurs externes ainsi qu’avec celles de l’entreprise elle-même. L’étude a identifié différentes tactiques que les responsables de la RSE utilisent pour être efficaces dans ce rôle.
L’évolution rapide de la RSE
Pour mener leur étude, les chercheurs ont réalisé plus de 40 entretiens avec des responsables de la RSE travaillant pour des multinationales aux Pays-Bas, ainsi qu’avec plus de 40 autres répondants tels que des responsables d’autres services et des responsables au sein d’ONG. Dans le contexte du paysage évolutif de la RSE et du développement durable en entreprise – qui inclut les exigences de conformité aux nouvelles régulations et obligations de rapport financier, ainsi que les attentes sociétales – les responsables de la RSE n’ont plus simplement un rôle « interne » assurant le soutien et l’adoption de mesures au sein de l’entreprise.
Au contraire, ils doivent de plus en plus « regarder vers l’extérieur », en collaborant avec de nombreux acteurs externes (fournisseurs, ONG, décideurs politiques, investisseurs, etc.). Ce changement reflète comment les entreprises sont devenues plus responsables des impacts directs et indirects de leurs activités (par exemple, avec les émissions de portées 1, 2 et 3).
L’équipe a constaté que les responsables de la RSE ont adopté trois tactiques principales pour gérer efficacement ce nouveau rôle :
- Mobilisation des parties prenantes externes lorsque le soutien pour un sujet lié à la durabilité est faible au sein de l’entreprise. Les responsables de la RSE ont souligné à quel point le fait de solliciter le soutien des ONG ou d’autres organisations peut être utile lorsqu’il y a un manque de sensibilisation, voire une résistance au sein de leur entreprise. La voix extérieure des parties prenantes peut agir comme un allié, les aidant à transmettre des messages clés aux responsables et autres employés, voire à servir de prise de conscience.
Frank DE BAKKER, l’un des co-auteurs, précise : « Cela démontre que les attentes et la pression des parties prenantes externes ne sont pas nécessairement préjudiciables au rôle de défenseur interne endossé par les responsables de la RSE. Au contraire, les responsables peuvent collaborer, par exemple, avec des ONG pour les aider à surmonter la résistance interne à un sujet en particulier (par exemple, la composition d’un produit ou encore, les messages marketing). En invitant des ONG dans l’entreprise pour présenter des problématiques environnementales importantes, l’un de nos participants à l’étude a obtenu le soutien de sa direction générale et des équipes opérationnelles. De la même manière, les responsables de la RSE peuvent également chercher à s’appuyer sur le soutien des ONG pour donner plus de poids et obtenir un soutien pour les problématiques qu’ils poussent à l’intérieur de l’entreprise.«
2. Gestion et modération des attentes externes. Les responsables de la RSE jouent un rôle clé dans la gestion, voire la modulation, des attentes des ONG ou d’autres groupes externes lorsque celles-ci ne correspondent pas aux objectifs stratégiques de l’entreprise.
« Il s’agit d’un aspect parfois difficile du rôle des responsables de la RSE car ils doivent naviguer entre la pression externe et la perception interne d’un sujet », explique Michiel DE ROO de VU Amsterdam/Jester Strategy, l’auteur principal de l’étude. « Ils doivent comprendre les objectifs à long terme de l’entreprise et évaluer l’importance des différents types de pression et de demandes provenant des parties prenantes externes. En ayant cette vision globale, ils peuvent s’assurer que seules les problématiques les plus importantes sont abordées avec les autres services de l’entreprise.«
3. Médiation entre les parties prenantes internes et externes. Un certain nombre de questions liées au développement durable et à la RSE auxquelles les entreprises sont confrontées peuvent être complexes (par exemple, les défis liés à la biodiversité ou aux objectifs climatiques). Les responsables de la RSE jouent un rôle clé en veillant à ce que ces défis ou questions soient traduits et reformulés de manière à être compris en interne et finalement compatibles avec les objectifs de l’entreprise.
Frank DE BAKKER explique : « En faisant cela, ils peuvent garantir que de tels sujets peuvent être transformés en pratiques plus durables et conformes à la stratégie de l’entreprise.«
Position unique pour promouvoir la durabilité
Les responsables de la RSE se trouvent ainsi dans une position unique de « médiateur » où ils peuvent coordonner et développer des collaborations qui favorisent le développement durable.
Les auteurs concluent qu’il est crucial que les responsables de la RSE voient les parties prenantes externes comme des partenaires plutôt que comme de simples groupes de pression, et qu’ils soient en mesure de gérer des sujets et situations complexes, tout en cherchant des stratégies permettant d’aligner les objectifs internes et externes divergents.
Le Professeur DE BAKKER et d’autres collègues du Center for Organizational Responsibility (ICOR) de l’IÉSEG travaillent actuellement sur plusieurs projets de recherche liés aux responsables de la RSE en entreprise, y compris l’impact du greenwashing sur ces responsables et la professionnalisation de leur rôle.
Vous pouvez lire l’article complet ici : de Roo, M., Wickert, C., de Bakker, F., & Elfring, T. (2024). From seller to broker: When and how issue sellers engage with external stakeholders to sell issues inside organizations. à paraître dans Strategic Organization.
Frank DE BAKKER est le Directeur Académique du Master in Management for Sustainability de l’École – un programme conçu pour les étudiants désireux de résoudre des problématiques et motivés par la mise en œuvre de solutions pour relever les défis les plus complexes, à l’échelle mondiale, en matière de développement durable. En savoir plus ici : https://www.ieseg.fr/programmes/masters-specialises/master-management-sustainability/
Photo iStock – phakphum patjangkata